First date (19) : Hector

Tu connais mon côté nazie du style. Je sais, je dois faire des efforts et je jure que j’en fais, mais vraiment parfois les autres n’y mettent pas du leur. Je sais que j’ai un problème avec les fringues des mecs, c’est pas de ma faute je suis comme ça. Pourtant quand tu me vois, je suis pas une grosse fashion victime, je dirais même que je suis plus une victime qu’autre chose. Je ne sais pas pourquoi mais le côté look masculin m’est vraiment important. Je t’en avais parlé vite fait ici dans cet article, mais je n’étais pas allée au fond du fond de mon problème.

Rappelle-toi, Laurent avait un look de FDP de 16 ans avec ses fringues hors de prix. Sérieux le gars aurait sorti une doudoune Moncler je refusais de passer du temps avec lui, en mode « le ghetto est en moi » je lui aurais limite jeté mon mégot de marlbac sous ses semelles à 450e. Parce que faut pas déconner, les doudounes Moncler c’est tomber bas dans mon estime. Pas moyen. Sérieux, soyez sérieux enfin voyons. Respectez-vous bordel de merde. Moncler… Non, vraiment faut pas déconner.

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Je reviendrais au sujet fringues plus tard. T’inquiète pas, tu vas quand même continuer à me détester.

Parlons de Hector. Le gars se vendait hyper bien sur son profil Tinder. J’ai adoré de chez adoré ses photos de profil. Tu commences à me connaître, le profil doit laisser transparaître un côté artistique, je suis très sensible aux photos. Les siennes étaient super cool surtout qu’il a noté dans sa « bio » (lol) qu’il est libraire. Moi j’adore. Enfin surtout les bandes dessinées. Mais ce n’est pas le sujet. Du coup c’est plus fort que moi mais je m’imagine flâner le soir et le week-end dans sa librairie, à crâner auprès des potes à dire que ça y est cette bédé je l’ai déjà lue… Y’a que moi qui suis comme ça ? A imaginer immédiatement un truc sérieux, fort et intense ? Vraiment, j’ai l’impression que tous les hommes sont l’homme de ma vie. Je suis un cœur d’artichaut voilà tout. En fait non, je suis ce qu’on appelle une dépendante affective. Mon cœur s’emballe au moindre truc, impatience totale, même sans connaître l’autre. Bah ouais… Et je ne sais pas si un jour je vais pouvoir soigner ça !

Je t’ai parlé de ma lignée de rencards de merde, Hector en faisait partie. Je me répète mais quand je dis « rencard de merde », attention, c’est juste que j’entends par là perte de temps et que le gars ne me correspond pas du tout, mais du tout du tout du tout hein. Et en plus de dire qu’il ne me correspond pas, j’ajoute surtout que le gars ne correspond pas à ses photos aussi. Je ne dis pas par là que les gars sont merdiques, jamais je me permettrais de dire des trucs de ce genre. D’ailleurs tu as bien remarqué que je tourne souvent tout à la dérision, je romance beaucoup (mais j’invente rien, le fond est véridique) mais jamais je ne me moque ouvertement des mecs que je rencontre. Parce que vieille branche que je suis, je me répète souvent « Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse » donc même si le mec est un connard fini, je ne lui souhaite pas de mal et n’en dis pas. Classe la meuf t’as vu hein. Je suis pas une connasse tu le sais. Un peu quand même, soit dit entre nous.

En parlant de connasserie, ce que j’adore chez certains parisiens c’est de prendre les banlieusards pour des grosses quiches qui ne sortent pas de leurs coins de beauf pourri. Hector me prend de haut en me demandant si je connais ce bar à cocktails trop cool dans le 11ème arrondissement. Il aimerait y aller. Et comment je connais bouffon, j’y vais souvent, d’ailleurs sache que dans cette rue un autre bar à ouvert avec grosse ambiance en sous-sol.

  • « Ah bon ? Tu sors dans ce quartier ? »
  • « Oui, mais je me cantonne pas à un seul quartier en particulier tu sais *_* »
  • « Ah bon ? Tu vas dans quels bars en général ?! »
  • « Je vais un peu partout, là, là et puis aussi ici, ah oui là aussi et puis là j’aime bien aussi »
  • « Ah ok… En fait tu connais mieux que moi ! »
  • « Non, juste que j’ouvre les horizons quoi ! »

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Okay. Ça commence super bien.

Voilà ce à quoi nous sommes rendus, nous, banlieusards pouilleux => ne pas en connaître plus que les intra-muros. J’adore ❤

Du coup, nous nous donnons rendez-vous dans ce fameux bar à cocktails. En plus c’est cool, je sais déjà lequel je vais prendre héhé.

Comme pas à mon habitude, je suis à l’heure \o/ Incroyable je sais. Je ne suis pas peu fière de moi et appelle gentiment Hector pour lui dire que « Youuhouuuuuu » je suis dans le coin. Il me répond « ah mais génial, moi aussi, j’ai mis une casquette rouge je suis facilement reconnaissable ! »

Ah mais oui.

Mais oui oui oui oui…

Mais oui oui oui oui oui…

Oh que je te vois moi aussi et de très loin.

Mais oui oui oui oui oui… Mais putain de bordel de merde. Qu’est-ce que vous avez tous avec vos putains de casquettes de gavroche trop moches merde alors.

Mais oui, oui je te vois. Et je crois que je veux partir là maintenant tout suite.

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Hector n’est pas seulement venu avec sa fucking casquette gavroche rouge. Non, Hector n’a pas oublié son putain de pantalon en velours. Ni sa putain de veste à chevrons façon gros daron de Versailles un dimanche de novembre. Merde. J’en ai des frissons. Pfffffffffffffffffffffffff. Bon ben j’y vais hein. Ah tiens, il n’a pas oublié sa petite sacoche en bandoulière non plus. Ah ben… Ni ses chaussures de ville toutes pourries. Bah super. Allons-y ! La soirée va être longue.

Et là tu te dis, mais Matka, pourquoi tu te barres pas si t’as pas envie ?

Mais parce que je crois en l’être humain pardi !! Je veux un chéri moi ! Donc désolman mais je me donne TOUS les moyens pour en avoir un. Même si le gars a un look qui me donne la nausée, je lui laisse tout de même le temps de me donner (ou pas) envie. Normal quoi. Ma mère m’a toujours dit qu’il ne faut pas juger les gens au premier regard (c’est ptre quelqu’un d’autre tu me diras), alors je me dis que ça se trouve => même si ça ne match pas physiquement, il est ptre hyper intéressant, drôle et badass. Et puis sérieux, des fringues ça se change aussi (t’as vu comme je fais des efforts ?)

Après avoir humé son parfum lors de la traditionnelle bise, je me dis que je vais avoir du taff avec lui question relooking. Car il sent rien. Même pas le vieux bouquin quoi.

On décide d’un commun accord de choisir des places au bar, moi j’aime bien. En plus coup de bol, le barman m’a fait un clin d’œil et j’ai répondu positivement => clin d’œil de merde parce que je ne sais pas les faire. Mortelle la meuf. Je sais déjà ce que je veux et je laisse le temps à Hector de choisir son cocktail alors j’en profite pour mater le barman. Ah, il est pas mal… Ah, retourne-toi steuplé ? Ah super… Merci ❤ Au moins, j’ai pas perdu ma soirée. Merci barman. Ce gars a illuminé ma soirée postérieurement parlant.

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Hector daigne enfin me regarder. Je sais que je suis irrésistible ce soir mais quand même, regarde-moi, teste-moi !! (Priscilla, 2002). Gros blanc. Gêne. Je lui demande dans quel coin il bosse. Rive gauche me répond-il. Je lui demande où il habite. Rive gauche me répond-il. Ça va hein, si je te fais chier je peux aussi partir tu sais. Non ça va me dit-il.

Les cocktails arrivent. Et là, dans ma tête, je pars loin, très loin.

« Alcool alcool. Tes vapeurs lourdes telles un pet gras sous la couette me donnent mal à la tête. Enivre-moi, fais-moi oublier ce velours côtelé. Laisse-moi partir loin de ce bar à cocktails parisien. Alcool alcool, fais de moi la plus chanceuse de Paris, fais de moi la petite banlieusarde qui va serrer ce barman au cul trop chouki. Alcool alcool, donne-moi la force et le courage de trouver des sujets de conversations excitants, donne-moi l’envie d’avoir envie. Alcool alcool, JPP, que ce moment ne dure pas une éternité. » (Young Matka, 2017)

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Mon esprit est ailleurs. J’aimerais d’ailleurs y être… ailleurs.

Juste derrière le bar, ça me va hein. Comme ça fesses contre fesses le barman pourrait m’apprendre à faire des cocktails que jamais je pourrais reproduire chez moi car flemme internationale puissance 2000 d’acheter du citron vert par exemple. Bref, tu vois le genre. Je veux partir. Hector me gonfle, il n’est pas intéressant et je sais que je ne donne PAS DU TOUT envie à regarder partout sauf dans ses yeux. Ça ne passe pas, autant de son côté comme du mien. Difficile de faire pire premier rendez-vous. Genre gros pétard mouillé.

J’ai même l’impression que Hector fait exprès de me dégoûter à me parler de trucs totalement absurdes : le chien de sa grand-mère qui fait caca partout, son voisin qui pète la nuit, la baguette trop cuite de son boulanger, les enfants de l’école primaire qui le réveillent le matin trop tôt et les clients de sa librairie qui sont décidément trop cons. Alors je joue un peu, je m’intéresse à 1 milliard % à tout ce qu’il peut me dire.

  • Oh mais ce chien a l’air adorable, c’est quoi comme race ?
  • Ah mais moi j’ai presque le même problème, j’entends pas les pets de mon voisin mais je sais à quelle heure il fait sa crotte, il est très matinal tu sais
  • Moi je demande TOUT.LE.TEMPS (spéciale dédicace Clara) une baguette bien blanche sinon je ne mange pas de pain. C’est tellement important la cuisson du pain
  • C’est marrant mais quand j’ai pris mon appartement, j’ai immédiatement remarqué que le coin nuit est face aux bois, donc je suis vraiment au calme, y’a tellement d’avantages à habiter en banlieue
  • Il m’est arrivé de travailler en boutique, je sais ce que c’est… Les clients sont pénibles, mais j’aime bien quand même les râleurs

Etc. Etc. Etc.

Au moins, il ne peut pas dire que je suis désagréable. Par contre, moi je peux t’assurer qu’il l’a été.

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Et jusqu’au bout le bougre. Une fois nos verres finis, c’est-à-dire 27 minutes plus tard, soit une éternité pour nous deux… Le gars sort un billet de 5 euros. Et m’annonce qu’il n’a pas pris sa carte bleue donc qu’il va falloir que je « rallonge le reste ». Honesty and without Jealousy (Alliance Ethnik, 1995) le gars, carrément quoi. Okay, no problemo, s’il n’y a que 15 balles qui peuvent me défaire de toi, je pourrais allonger 1 million de dollars sur le bar là tout de suite. Avec même un peu de bol, le barman pourrait croire à un pourboire et il se pourrait qu’il baisse son froc pour se frotter à une barre de pole-dance qui sortirait comme par magie via une trappe secrète. Matka sérieux, réveille-toi et arrête de penser toujours à des trucs absurdes.

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Bon, ben, ok je sors ma carte bleue et je paye. M’en ouf, mais d’une force. Je paye souvent mon coup, j’aime le faire parce que ça me fait plaisir. Je ne suis pas à 15 balles près, je trouve juste le geste super impoli et tellement mal demandé. Un peu de respect c’est trop demandé ? Non ? Non.  Apparemment c’est trop demandé pour ce gros rat.

Ai-je donné de mes nouvelles à ce chien par la suite ? Non.

Ai-je eu des nouvelles de ce chien par la suite ? Non.

Marrant comme parfois les choses se font simplement.

6 réflexions sur “First date (19) : Hector

  1. Tu es d’une bonté effarante. Si ça avait été moi, jamais de la vie je n’allongeais la tune (question de putain de principe), je le laissais se démerder avec le barman au super boule ou avec les flics le cas échéant. Quel petit fdp de merde sans dec. J’ai tellement envie de frapper des gens en lisant cette histoire. Si tu veux te venger donne son numéro n’hésite pas hein, faut pas laisser des gens comme ça s’en sortir.

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    1. Ahahahaha
      Putain ptre que ma bonté me perdra, mais je suis tellement un arc-en-ciel de positivité que je pense ne pas lui en vouloir. On a la classe et on la garde jusqu’au bout ou on a rien. Je lui laisse ce rien….Et sa putain de casquette. De merde.

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